Café et fibrillation auriculaire : ce que montre DECAF
Le lien entre café et fibrillation auriculaire vient de gagner une donnée solide, mais sa portée est étroite. DECAF n’a pas testé si le café protège le grand public. L’essai a suivi des personnes qui en buvaient déjà, après le retour à un rythme sinusal par cardioversion.
Réponse courte : dans ce groupe précis, les participants invités à boire au moins une tasse de café caféiné par jour ont connu moins de récidives cliniquement détectées que ceux invités à s’abstenir. Ce résultat ne fait du café ni une prévention générale, ni un traitement, ni une garantie d’innocuité.
Le résultat de DECAF et le chiffre de 39 %
Dans l’essai randomisé DECAF publié par le JAMA, 200 adultes ont été répartis en deux groupes après une cardioversion réussie. Sur six mois, une récidive de fibrillation ou de flutter auriculaire a été détectée chez 47 personnes sur 100 dans le groupe café, contre 64 sur 100 dans le groupe abstinence.
L’écart observé est donc de 17 points de pourcentage. L’analyse du délai avant la première récidive donne un hazard ratio de 0,61, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,42 à 0,89, selon le même rapport du JAMA. Les 39 % correspondent à une baisse relative estimée du hazard, pas à 39 points ni à 39 personnes « protégées ».
La nuance semble pointilleuse. Elle change pourtant la lecture du résultat.
Qui a réellement été étudié ?
Les participants avaient une fibrillation auriculaire persistante, ou un flutter avec antécédent de FA. Ils avaient consommé au moins une tasse de café par jour à un moment des cinq années précédentes. La randomisation n’a eu lieu qu’après une cardioversion réussie et le maintien du rythme sinusal, comme le précise l’article de l’essai.
Le groupe café devait boire au moins une tasse caféinée par jour. L’autre devait éviter le café caféiné, le décaféiné et les autres produits contenant de la caféine. L’essai ne permet donc pas d’isoler proprement la caféine des autres composants du café.
Le quotidien s’est aussi invité dans le protocole : seuls 69 % du groupe abstinence ont déclaré n’avoir bu aucun café pendant le suivi, d’après le JAMA.
Ce que l’étude ne démontre pas
DECAF ne répond pas à la question d’un premier épisode chez une personne sans antécédent. Il n’a pas étudié les non-buveurs, plusieurs expressos quotidiens, les boissons énergisantes ou le décaféiné seul. Le café n’y était pas testé comme traitement.
L’essai était ouvert. Une récidive devait être détectée en clinique et durer au moins 30 secondes, sans surveillance continue identique pour tous, selon le JAMA. Avec 200 participants suivis six mois, les risques rares ne peuvent pas être exclus. Un commentaire de l’American College of Cardiology estime que l’abstinence systématique n’est peut-être pas nécessaire chez tous les patients atteints de FA. C’est une interprétation clinique, pas une consigne personnelle.
Les palpitations ajoutent une autre difficulté. Sentir son cœur accélérer après un café n’équivaut pas à documenter une fibrillation auriculaire. Dans I-STOP-AFib, publié par JAMA Cardiology, l’exposition à la caféine n’a pas augmenté de façon nette les épisodes autodéclarés en moyenne. Cela ne permet ni d’ignorer un symptôme individuel, ni d’en diagnostiquer la cause depuis un article.
Pourquoi deux dates apparaissent
Le texte a été publié en ligne le 9 novembre 2025, puis intégré au numéro du JAMA daté du 27 janvier 2026. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle étude d’octobre 2026.
DECAF fragilise l’idée d’une abstinence automatique après cardioversion. Il ne transforme pas une tasse en ordonnance. Toute modification de consommation, surtout en présence de symptômes ou d’un traitement, se discute avec le professionnel qui connaît le dossier.
Questions fréquentes
Le café traite-t-il la fibrillation auriculaire ?
Non. DECAF comparait deux consignes après cardioversion et mesurait les récidives. Il n’évaluait pas le café comme médicament et ne remplace aucun traitement ni suivi médical.
À qui le résultat de DECAF s’applique-t-il ?
À des buveurs actuels ou récents atteints de FA persistante, ou de flutter avec antécédent de FA, randomisés après une cardioversion réussie. Le grand public n’était pas étudié.
Pourquoi le chiffre relatif diffère-t-il de l’écart observé ?
Le premier vient d’une analyse du délai avant récidive. Le second compare simplement les proportions cumulées dans les groupes. Ils décrivent le même essai sous deux angles différents.
Faut-il arrêter le café en cas de palpitations ?
DECAF ne répond pas à cette question individuelle. Des symptômes nouveaux, intenses ou persistants appellent une évaluation clinique plutôt qu’une décision fondée sur cet article.